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Histoire de la création du café-philo de Poitiers

Publié le mercredi 28 février 2007.


Histoire de la création du café-philo de Poitiers [I]

L’idée de créer un café-philo sur Poitiers a germé très progressivement. Je n’arrive plus à me souvenir de la date à laquelle Marc Sautet est passé à Nulle part Ailleurs, l’émission de Philippe Gildas sur Canal +. Ce dont je me souviens c’est qu’il était l’invité principal et a expliqué ses activités, le cabinet philosophique et les débats dans les cafés et surtout sa façon de pratiquer la philosophie. J’étais à l’époque professeur de philosophie (maître-auxiliaire) et je me rappelle d’avoir tout de suite pensé : c’est ça ! Tout ce vers quoi je tendais depuis plusieurs années était là devant moi.

Pourtant je me sentais « petit » et plutôt en dehors de tout cela. Je ne pensais pas que ce pouvait-être possible sur Poitiers ? Ce n’était pour moi à cette époque qu’une affaire parisiano-parisienne ! Qui étais-je pour lancer une telle chose ? D’ailleurs à l’époque l’idée de lancer quelque chose ne m’était même pas venue à l’esprit. J’y voyais seulement une façon de perfectionner mon enseignement.

Quelques mois plus tard, fin août 1994, Laurent Robin l’un de mes anciens élèves, a pris contact avec moi car il avait eu connaissance d’une conférence sur Michel Foucault à Vouillé, un petit village à 15 km de Poitiers. Nous nous y sommes rendus et, non sans mal, au lieu de cette conférence nous avons découvert sur une pelouse derrière la piscine, une dizaine de personnes assises sur des bancs. Nous nous sommes approchés et j’ai reconnu Marc Sautet. Nous nous sommes assis avec eux et nous avons participé à notre premier café-philo même pas dans un café et sans café !

Après ce premier débat sur « le parasite » nous sommes tous allés prendre un café (dans un vrai café) et nous avons pu parler avec Marc Sautet. Nous ne nous sommes pas dit grand’chose. Je me souviens qu’on s’est présenté et quand il a su que j’étais prof de philo et que Laurent était mon élève, il a dit que c’était une des meilleures choses apportées par l’enseignement. Il a expliqué que lorsqu’il enseignait en lycée, il se sentait l’esclave de ses élèves à cause surtout des copies à corriger. Il n’avais pas de temps pour se consacrer à autre chose et faire vraiment de la philosophie. Je me souviens aussi que j’ai parlé de ma situation professionnelle précaire, et il ma répondu : « abandonne l’enseignement et ouvre un cabinet de philosophie ! »

Le soir, il fit une conférence où il développa ses idées sur le parallèle entre la Grèce antique et nous. Je me souviens de l’avoir trouvé « gonflé » : oser soutenir une philosophie en ces temps de désert théorique et de « défaite de la pensée » mais paraissait très aventureux. A la rentrée scolaire, quelque jours plus tard, j’avais un poste à temps complet sur deux établissements separés de 60 km. Ce qui ne m’a pas laissé beaucoup de temps pour réfléchir à sa proposition, mais l’idée faisait progressivement son chemin...

Quelques mois plus tard, début 1995, j’ai acheté Un café pour Socrate. Ce qui m’a conforté dans ce que je savais déjà.

En septembre de la même année, je n’ai pas eu de poste de prof et je me suis retrouvé au chômage. A la fin du mois, avec Vincent Granger et Geoffroy Vibrac, deux anciens élèves, nous sommes allés quelques jours à Paris pour assister à des cafés-philo lors de la manifestation « Bistros en fête ». Je me souviens qu’en arrivant au café des Phares on a vu Marc Sautet qui prenait un café à la première table sur la terrasse mais je n’ai pas osé l’aborder. Nous avons ensuite assisté au café-philo qu’il a animé, je ne me souviens pas du sujet.

Nous sommes revenus le lendemain soir, on est arrivé assez tôt et nous étions au fond du café. Ce n’est pas Marc Sautet qui a animé le café-philo mais Virgile Loyer. Le sujet choisi a été : « Penser est-ce dire non ? » et Marc Sautet fut un participant (presque) comme les autres. Je ne me souviens plus si c’est à ce débat ou à un précédent qu’il y avait un jeune homme aux cheveux très longs qui soutenait un idéalisme tout platonicien et que Marc Sautet avait plusieurs fois contredit, il s’agissait je pense de Jean-Christophe Grellety.

De retour à Poitiers je crois que je m’en suis beaucoup voulu de ne pas avais osé l’aborder, et, presqu’aussitôt, le 2 octobre, je lui ai envoyé une lettre :

Jean-François Chazerans à Marc Sautet, le 2 octobre 1995

Cher Marc,

Je suis venu à Paris la semaine dernière pour suivre les débats philosophiques dans les cafés en fête et j’ai été assez impressionné par l’importance que ça a pris. J’en avais une petite idée car j’étais à Vouillé la première fois que tu es venu et j’ai participé au débat sur le parasite. Mais à Paris, surtout le dimanche matin, il y a foule ! C’était décidément très difficile de te parler personnellement !

Tu m’avais dit en 94 à Vouillé : "abandonne l’enseignement (je suis maître auxiliaire de philo en rupture de banc et au chômage cette année) et monte un cabinet philosophique", je me trouvais jeune et inexpérimenté et je trouvais encore un certain intérêt à enseigner au lycée, je me suis trouvé des raisons pour ne pas le faire. Mais maintenant j’ai le temps et je pense comme toi "nombre de ceux qui renoncent à enseigner la philosophie par crainte de se fourvoyer ou par lassitude trouveront une véritable issue dans l’ouverture d’un cabinet" (Un café pour Socrate). Enseigner la philosophie au lycée est devenu trop "alimentaire" pour moi et j’ai souvent l’impression de me compromettre. J’ai donc pour projet d’"ouvrir" un cabinet à Poitiers.

Pourquoi t’en parler me demanderas-tu ? seulement parce que j’apprécie vraiment ta façon de pratiquer la philosophie : quelle "leçon" tu m’as encore donnée mercredi et jeudi soir derniers ! Il y a un certain temps déjà que je me suis "rangé" à la conception de la pratique de la philosophie de J. T. Desanti : "A mon sens être philosophe, c’est avant tout ne pas se contenter. C’est surtout ne pas se reposer dans la pure possession des formes de pensée philosophiques qui sont notre héritage. Se dire, au fond, que rien ne doit être possédé et que, si l’on dispose de ce qu’on appelle des données, un acquis culturel, on doit toujours les considérer comme disponibles, critiquables, et promis à la destruction. A mon sens, être philosophe, même à l’égard des sciences, consiste à introduire dans la bonne conscience du savoir l’inquiétude et la négation. Par conséquent, dès l’instant où il apparaît qu’on ne peut pas se reposer dans le savoir constitué et qu’il serait imprudent de s’en remettre à ceux qui savent, je dirais qu’il appartient à tout homme d’exercer, dès qu’il entre en révolte ou en contestation, la fonction philosophique" j’ai l’impression que toi aussi tu penses cela : penser c’est dire non ! Ton originalité c’est de pratiquer cette philosophie jusqu’au bout, c’est-à-dire de ne pas rester dans la philosophie "universitaire" et être où ça se passe : dans la "vraie" vie diraient mes élèves ! Donc, si j’arrive à mes fins, ce cabinet sera un de tes nombreux petits enfants, petit-fils que je ne voudrais absolument pas te faire dans le dos !

Quoi qu’il advienne j’aimerais adhérer à l’association du café des phares et avoir la Lettre et les résumés des débats. Pourrais-tu m’informer ou me faire informer sur les modalités d’inscription ?

En espérant t’annoncer bientôt une naissance

Histoire de la création du café-philo de Poitiers [II]

Le mardi 7 novembre le téléphone sonne. Je décroche et c’est... Marc Sautet au bout du fil. Il m’explique qu’il a bien reçu ma lettre et qu’il faut que je crée un café-philo sur Poitiers. Il m’annonce qu’il va venir vendredi prochain et on convient d’un rendez-vous : 17 h au café du théâtre.

Le vendredi 10 novembre, nous arrivons un peu en avance au café du Théâtre avec Geoffroy et Vincent. Marc Sautet arrive un peu après avec Lionel Levesque de l’association des amis du château de Marconnay. Ils venaient de rencontrer la presse. La rencontre n’a pas duré très longtemps, 20 mn ou ½ heure. Durant ce temps nous avons parlé de la façon de mener les débats et de la nécessité de trouver un café adéquat. Lionel Levesque a suggéré que nous le fassions au café du Théatre mais, bien que central, le lieu ne s’y prétait pas vraiment car la salle était trop étroite et tout en long. Marc Sautet nous a précisé que ce n’était pas les cafés qui faisaient le plus défaut, il avait souvent des cafetiers qui lui téléphonaient pour lancer un café-philo chez eux, mais c’était plutôt les animateurs compétents qui manquaient le plus. Marc Sautet et Lionel Levesque nous ont aussi informés de l’ouverture du « cabaret-philo » du Pince Oreille qui tenait sa première séance le dimanche suivant. Devions-nous faire notre café-philo là-bas ? Surtout que Marc Sautet avait eu un contact avec le patron de ce cabaret lorsqu’il était venu à Vouillé en septembre et que ce dernier lui avait proposé de créer un café-philo. Mais, il m’a semblé que ce ne ce soit pas si bien passé entre eux, Marc Sautet doutait que l’esprit des cafés-philo y soit vraiment respecté. Lorsque nous nous sommes séparés, il était clair que j’allais créer un café-philo sur Poitiers et que je devais trouver un lieu. Je devais aller me rendre compte par moi-même si le Pince-oreille convenait et sinon ce n’était pas les cafés qui manquaient sur Poitiers !

Le dimanche nous nous sommes rendus au Pince-Oreille. C’était une conférence dont l’entrée était payante et nous avons décidé très vite que l’on ne créerait pas notre café-philo dans un tel lieu. Certainement pour ne pas se faire confondre. Nous sommes partis assez rapidement et nous avons commencé nos prospections pour trouver un café au centre ville. Suite à cette soirée j’ai envoyé la lettre suivante à Marc Sautet :

Jean-François Chazerans à Marc Sautet, le 13 novembre 1995

Cher Marc,

comme convenu lors de notre entrevue du vendredi 10 novembre 1995 je suis allé hier me rendre compte de ce qu’est ce Cabaret philosophique qui vient d’ouvrir sur Poitiers. Ton impression préalable ainsi que celle de L. L. étaient assez négatives car le sujet était donné d’avance et, pour L. L., ça ressemblait plus à un salon littéraire qu’à un Café Philosophique. Pour ma part je trouvais qu’il se situait dans un lieu trop proche de la faculté de philosophie.

Ces mauvaises impressions préalables ont été corroborées sur place car :

1°) il ne s’agit pas vraiment de ce qu’on appelle un café, c’est vraiment un cabaret genre piano-bar qui n’est ouvert que dans la soirée

2°) il ne s’agissait pas d’un débat philosophique type le café des phares mais plutôt d’un genre de conférence-débat car un "spécialiste" membre de la cour des comptes était invité.

3°) c’était payant ! une contribution était demandée à l’entrée pour participer aux frais de déplacement du "spécialiste".

Les conditions ne sont pas très favorables pour approfondir de ce côté-ci. La seule chose positive c’est qu’il y avait 30 ou 40 personnes. Je vais quand même attendre le prochain débat avant de me faire un avis définitif. Mais je commence quand même à chercher un café central qui serait adéquat et qui a un patron sympa.

En ce qui concerne la création d’un vrai café philosophique, l’entrevue que nous avons eue vendredi, m’a fait apparaître quelques divergences secondaires - sur la forme et non sur le fond -, entre ce que je projetais et ce que tu souhaitais. Je dois t’en entretenir car je ne sais plus quoi penser.

A l’origine je projetais de lancer le débat dans un café avec quelques amis choisis en fonction de leur marginalité ou de leur non-appartenance à l’institution philosophique locale, et je pensais tabler sur le bouche à oreille, sans faire de tapage médiatique, pour que ce débat fasse déplacer des "inconnus" intéressés et prenne de l’ampleur. Je pensais que la presse devait plutôt avoir vent de la chose. C’était, pour moi, un gage de "qualité". Lorsque le débat aurait pris son "rythme de croisière", que la presse en ait parlé ou pas parlé, je t’aurais prévenu, et tu serais venu avaliser l’existence d’un café philosophique sur Poitiers. Ce qui m’est apparu vendredi c’est que le fait que tu me contactes a fait apparaître la possibilité d’une autre façon de procéder. Je trouve un café, je détermine un jour de débat, je t’invite, je convoque la presse (tapage médiatique, invitation du père fondateur Marc Sautet !) et l’existence d’un café philosophique sur Poitiers est fondée. Cela, peut-être, me mènera plus rapidement au même résultat que la première façon de procéder... ou alors mènerait rapidement à un autre résultat. Ce qu’il y avait, je crois, de particulier dans ta démarche c’est que le débat du café des phares ne s’est pas constitué d’un seul coup, il a fallu passer par des étapes. Mais cette démarche est-elle nécessaire ? ne faut-il pas que je profite de l’élan de ton expérience pour arriver plus rapidement au même résultat ?

Je ne sais pas quoi penser. Les deux façons de procéder ont leurs avantages et leurs inconvénients. Peux-tu me dire ce que tu en penses et comment ça se passe ailleurs ?

Histoire de la création du café-philo de Poitiers [III]

Le mercredi 15 novembre vers 20 h nous étions au Gil Bar en pleine tournée des cafés. Il n’y avait presque personne et le lieu nous a tout de suite plu. C’était une grande salle lumineuse et toute vitrée, dont on pouvait utiliser la partie arrière. le vendredi suivant (à moins que ce soit en début de semaine) je propose à Caroline, la patronne, de faire un café-philo pour le mercredi 29 novembre de 19 à 21 h. L’entrevue c’est déroulée aussi bien que possible. J’avais un peu peur d’être incompris mais, à mon grand étonnement, Caroline a été compréhensive et m’a même un peu motivé...

Nous avons prévenu nos connaissances, posé quelques affiches et prévenu la presse : le 29 novembre 1995, c’était la première. Le café le Gil Bar de Poitiers était plein lorsque nous y sommes rentrés ce soir-là. Il était 18 heures et le débat philosophique ne devait commencer qu’à 19 heures. Tous ces gens étaient-ils venus pour le débat ? Nous étions en train de découvrir le rythme propre du café. Des tables se libérait pour de suite être réoccupées par de nouveaux venus. Nous avions décidé d’occuper seulement la partie du café la plus éloignée de l’entrée. Il y avait beaucoup d’arrivées et départs et puis beaucoup de bruit et de fumée. Il faut dire que pour annoncer ce débat on avait affiché les articles de journaux en plusieurs endroits dans le café... Beaucoup ont du croire que Marc Sautet en personne allait venir animer. Allait-on pouvoir lancer un débat ?

Après que les cloches de Notre dame la Grande aient arrêté de sonner, je me suis levé, j’ai posé mon verre de bière sur le bord du comptoir et j’ai expliqué succinctement ce que nous allions faire et j’ai déclaré que la séance de ce mercredi était ouverte. J’ai demandé ensuite si quelqu’un avait un sujet à proposer. Tout le monde s’est tu ! lorsque quelqu’un demanda la parole :

"J’ai un sujet de circonstance : Est-ce une démarche philosophique que de philosopher dans un café ? " Puis d’autres ont demandé la parole :

"L’homme a-t-il toujours été violent ?"

"L’histoire a-t-elle un sens ?"

Comme il n’y avait pas d’autre sujet de proposé j’ai dit que mon choix portait sur le sujet de circonstance : Est-ce une démarche philosophique que de philosopher dans un café ? et j’ai demandé à la personne qui l’avait proposé le sujet de s’expliquer.

Depuis ce jour là le café-philo fonctionne, dans les grandes lignes de la même manière. Les débats sont hebdomadaires (sauf vacances scolaires) et attirent entre 20 et 40 participants. Leur fonctionnement est le suivant. Par expérimentation, nous en sommes arrivés à respecter quelques règles générales qui permettent leur bon déroulement. Le sujet n’est pas choisi à l’avance mais en début de séance, les participants proposent des sujets et l’animateur en choisit un, soit tout seul, soit avec l’aide de l’assistance. Cela permet d’éviter deux dérapages : que l’animateur soit considéré comme un spécialiste prêchant la bonne parole, les participants venant assister à une sorte de "cours" n’ayant plus qu’à se taire ; de parler d’un sujet sur lequel une véritable réflexion philosophique n’est pas possible. Bien qu’il soit difficile de circonscrire une telle sorte de sujets, peut-être est-ce notre déformation professionnelle ou alors c’est la nécessité qui s’est faite sentir quasi-immédiatement de se distinguer des débats médiatiques du style Dechavanne ou Delarue (Ca se discute), qui nous fait considérer que certains sujet sont à proscrire. Car, avec le recul, on peut considérer que si certaines questions, telles que pour ou contre la peine de mort - l’avortement, etc. peuvent permettre une réflexion philosophique, nous sommes assez mal à l’aise avec certaines autres telles que pour ou contre la minijupe, les hamburgers, etc.

Les sujets traités sont ainsi dans l’ensemble des sujets de "terminale" : Pour vivre heureux faut-il vivre seul ? La paix est-elle possible sur terre ? L’enfer est-ce vraiment les autres ? Faut-il chasser les poètes de la cité ? L’amour rend-il aveugle ? Les animaux sont-ils intelligents ? Le travail rend-il libre ? etc. Mais là aussi ces choix se sont opérés peut-être pour rassurer l’animateur, car progressivement les questions posées sont sorties du cadre "scolaire". Jusqu’à présent j’ai essayé, sans trop savoir si c’était nécessaire, d’ouvrir un maximum l’éventail des sujets abordés plutôt que de parler plusieurs séances d’affilé du même sujet ou de sujets approchants. Ceci est à mettre en rapport avec le fait que les débats durent deux heures, ce qui a été choisi tel arbitrairement au tout début et qui s’est révélé progressivement être acceptable car ce n’est ni trop court ni trop long. On pourrait débattre de certains sujets durant toute la nuit et même plus mais je pense qu’il faudrait supporter les longues heures durant lesquelles on tournera autour du pot. Le fait que ce soit limité oblige à aller plus directement à l’essentiel. Ce qu’on remarque c’est que souvent, un quart d’heure avant la fin, le débat s’enflamme et on est obligé de s’arrêter en plein bouillonnement, comme s’il y avait des choses importantes à dire avant que ça finisse mais qu’il ne fallait pas qu’on ait le temps de les mettre à plat. D’autre part la brutalité de cet arrêt est contrebalancée par la périodicité du rendez-vous. On coupe peut-être court à une nuit de débats mais on sait qu’on en reparlera, le plus souvent sous un autre angle, ce qui fait qu’on ne peut considérer les débats seulement dans leur singularité, il faut peut-être considérer que l’ensemble des débats est aussi un débat.

Les règles de la prise de parole sont aussi très simples, celui qui a proposé le sujet choisi peut prendre la parole à tout moment et ceux qui n’ont pas encore parlé ont priorité sur ceux qui ont déjà parlé. La première des de ces deux règles est peut-être désuète car le sujet est rapidement accepté par l’ensemble des participants comme leur affaire propre et non pas comme la propriété d’un seul. Au fond ce n’est pas le sujet que celui qui le propose défend mais, comme tous les autres participants, sa propre thèse ou plus précisément la mise à plat de son incompréhension du sujet. La seconde règle est beaucoup plus importante, elle permet aux participants, comme le fait remarquer justement Michel Tozzi (8), d’avoir la parole au moment où ils vont la demander ce qui fait qu’ils n’auront pas à se jeter immédiatement dans le débat, ni à prévoir à l’avance leur intervention, cela augmentant le plus souvent la pertinence de ce qu’ils vont dire. Quant à l’animateur son rôle se borne à faire respecter ces règles et à distribuer la parole bien que cette dernière se distribue la plupart du temps toute seule. Contrairement à ce que j’ai vu au café des Phares à Paris, où il y avait beaucoup de monde et des micros, je constate qu’il se met en place, assez souvent, un réel débat entre les participants. On s’en aperçoit quand l’animateur devient progressivement un participant comme les autres et que les réponses suivent "naturellement" les questions. Il me semble que la présence d’un micro gênerait certains intervenants, c’est déjà difficile pour eux de se mettre en avant et de parler à un groupe. D’autre part avec le micro, et c’est plus dommageable, les réponses ou les interrogations sur ce qui est dit, sont en différé, si bien que dans le meilleur des cas on assiste à plusieurs débats très confus, et dans le pire, à une juxtaposition d’avis personnels. Mais il n’y a pas en ce domaine, il me semble, de solution miracle car lorsqu’il y a trop de monde et du bruit dans le café, on ne s’entend plus. Dans ce cas, comme dans les autres d’ailleurs, on ne peut le plus souvent que décider au coup par coup.


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